Cela faisait longtemps que je souhaitais acquérir un échantillon de cette roche, elle est désormais mienne :) La trinitite n'a rien de naturel, puisqu'il s'agit de la couche de sable vitrifié qui s'est formée le 16 juillet 1945 lors de l'explosion de la toute première bombe nucléaire à Alamogordo au Nouveau-Mexique (essai Trinity). Techniquement, la trinitite est donc un déchet nucléaire. Cela dit, 70 ans après, son activité est très faible, bien moindre que celle de bien des minéraux naturellement radioactifs.

Trinitite

Mon échantillon pèse un gramme et mesure 17mm * 9mm environ. Placé au contact de mon compteur geiger, le nombre moyen de CPM est de 40 CPM environ, quand le bruit de fond est de 26 CPM, ce qui est bien peu.

Test trinitite avec compteur geiger.jpg

L'analyse par spectrométrie gamma d'une durée de 9900 secondes montre très clairement trois pics d'énergie typique correspondant au Césium 137 (662 keV) à l'Europium 154 (592 keV) et à l'Europium 152 (444 keV) :

Spectrométrie gamma trinitite

Ces pics prouvent que l'on est bien en présence d'une vraie trinitite et non pas d'un faux fabriqué à partir de sable et de roches thorifères ou uranifères. D'autres pics d'énergie semblent également être visibles mais plus incertains : Baryum 133 (276 keV) et Europium 152 (779 keV). Certains radioéléments typiques de la trinite sont invisibles avec mon équipement comme l'Americium 241 et le Cobalt 60 mais la littérature laisse penser qu'ils sont bien présents (PDF).

D'où viennent ces radioéléments alors que la bombe utilisait du plutonium ? Les isotopes radioactifs de l'Europium viennent de l'activation neutronique de l'Europium naturellement présent dans le sol. Le Cesium 137 est un produit de fission de la bombe. Le cobalt 60 lui vient principalement de l'irradiation des structures en acier, qui contenaient du cobalt stable. Le baryum 133 est un produit d'activation.